What's in a name blog_header

Le nom ne doit pas faire oublier l’essentiel : le travail doit être fait.

20 Nov 2025

Ray Sullivan, Executive Director

Lorsque j’ai commencé à travailler dans le secteur du logement, nous appelions cela le logement social, et tout le monde savait ce que cela signifiait : des logements à but non lucratif pour les personnes à revenus faibles et modestes, construits pour le bien social. C’est simple, clair, un but à atteindre.

Quelques décennies plus tard, les mots se sont multipliés. « Logement abordable », « logement communautaire », « logement hors-marche » : chaque terme signifie quelque chose de légèrement différent, en fonction de la personne qui l’utilise et du moment où elle l’utilise. Parfois, les distinctions sont subtiles. Parfois, elles sont carrément déroutantes.

Lorsque les gouvernements ont commencé à financer de nouveaux logements sans but lucratif après une longue pause au milieu des années 1990, nous avons commencé à faire la distinction entre « logement social » et « logement abordable ». Nous avons utilisé un terme différent parce que les nouveaux « logements abordables » ne comprenaient pas de logements à loyer indexé sur le revenu (LIR) ou de logements accessibles aux ménages à très faibles revenus, ce qui était la caractéristique des anciens logements sociaux.

Dans de nombreuses régions du pays, le « logement social » en est venu à désigner les logements sans but lucratif construits avant 1995, tandis que le « logement abordable » se référait aux logements sans but lucratif construits après 2000.

La situation est encore plus confuse si l’on considère qu’une grande partie des logements abordables construits dans le cadre de programmes fédéraux entre 2006 et 2015 ont en fait été développés et gérés par des entreprises à but lucratif. Certes, ces logements étaient plus abordables que ceux du marché privé, mais ils s’éloignaient de plus en plus de ce que l’on entendait traditionnellement par « logement social ».

Au cours des cinq dernières années, j’ai commencé à entendre des promoteurs privés utiliser l’expression « logement abordable » pour décrire des locations ou des accessions à la propriété de niveau d’entrée sur le marché, en dehors de toute subvention ou de tout programme gouvernemental.

Certains célèbrent le « logement abordable » comme si la construction de minuscules condominiums à la valeur marchande contribuait à résoudre la crise du logement. Mais le logement social n’est pas un exercice de marketing : c’est une bouée de sauvetage pour les personnes qui ne peuvent pas être compétitives sur le marché spéculatif.

De toute évidence, nous avions besoin d’un moyen de distinguer les logements abordables à but lucratif des logements abordables à but non lucratif.

La Stratégie nationale sur le logement de 2017 nous a donné ce parapluie : le « logement communautaire ».

La SCHL et la Stratégie nationale sur le logement l’utilisent comme terme générique pour décrire les logements « détenus et exploités par des sociétés d’habitation et des coopératives d’habitation sans but lucratif, ou les logements appartenant aux gouvernements provinciaux, territoriaux ou municipaux ».

Le logement communautaire englobe tous les types de logements, depuis les logements LIR très abordables, qui constituent le fondement du logement social, jusqu’aux logements à loyer modéré des programmes à revenus mixtes des années 1970 et 1980, en passant par les logements à loyer moyen du marché et à loyer inférieur au marché construits au cours des décennies les plus récentes. Même les loyers du marché sont pris en compte, à condition que les logements soient gérés par des organisations à but non lucratif.

Malgré ce cadre pratique, certains spécialistes continuent à faire la distinction entre le « logement communautaire » et le « logement public ». Nous voilà donc à nouveau à la recherche du terme adéquat pour décrire ce que nous faisons.

Voici donc le terme « logement hors-marche ».

Au cours des derniers mois, j’ai remarqué que, lorsque j’écrivais pour l’ACHRU, je commençais naturellement à écrire « logement communautaire hors-marche». Le terme « hors-marche » s’était discrètement glissé dans mon vocabulaire. Mais d’où vient-il ?

La référence la plus ancienne que j’ai pu trouver date de 2004, sous la plume du vénérable David Hulchanski, qui utilisait l’expression « logement social hors-marche » pour décrire le logement public, le logement sans but lucratif et les coopératives sans but lucratif.

En mars dernier, le Conseil national du logement a publié un document intitulé Augmenter le secteur du logement hors marché au Canada. Il a défini ce secteur comme étant « caractérisé par des logements détenus et gérés par un organisme sans but lucratif ou une agence gouvernementale, où les loyers sont inférieurs au taux standard du marché ».

Aujourd’hui, Maisons Canada et le gouvernement fédéral parlent d’« augmenter la part de logements hors-marches, axés sur la mission et abordables pour les ménages à revenu faible ou moyen ».

Les termes « hors-marche » changent ce sur quoi l’accent est mis : au lieu de se concentrer sur l’accessibilité en tant que résultat, ou sur le bien social en tant qu’objectif, ils mettent l’accent sur la façon dont le logement fonctionne en dehors du marché lucratif et spéculatif, c’est-à-dire sur le processus lui-même. Ce n’est pas faux, mais j’espère que nous ne perdons pas de vue l’objectif de la mission : l’accessibilité, la communauté et l’intérêt social.

En fin de compte, peu importe le nom qu’on lui donne : logement social, abordable, communautaire ou hors-marche. Mais soyons honnêtes : le langage risque d’être détourné. Lorsque les promoteurs privés qualifient les loyers du marché d’« abordables » et que les gouvernements présentent les logements du marché comme des solutions, nous risquons d’effacer l’idée même de logement social. Les mots ont leur importance, tout comme la défense de la mission du logement social.

Nous parlons de « logement communautaire » et de « logement hors-marche », mais il y a une vérité qui dérange : si notre secteur ne se bat pas pour préserver et développer le logement social, pour jouer un rôle plus important dans le monde plus large du logement, ces étiquettes deviendront des distinctions insignifiantes et pointilleuses au sein d’un secteur marginal. La Journée nationale de l’habitation nous rappelle que la force du logement social dépend de notre volonté de l’étendre et de le défendre.

Ce qui compte le plus, c’est le travail que nous accomplissons et les logements que nous fournissons. Des logements sûrs, stables et véritablement abordables pour les personnes de tous les revenus.

C’est le travail à faire, alors faisons-le.