Web

Le logement avec soutien et au-delà : ce que nous avons retenu du congrès 2026 de l’ACHRU

6 août 2026

Kenneth Milner, Directeur, Politiques et Relations gouvernementales

Lors du Congrès de l’ACHRU de 2026, nous avons tenu un atelier intitulé Le logement avec services de soutien et au-delà : façonner la prochaine Stratégie nationale du logement. La séance a réuni environ 80 personnes issues de l’ensemble du secteur du logement communautaire afin de partager des expériences concrètes et des idées sur le logement avec services de soutien, la prévention de l’itinérance et le rôle du gouvernement fédéral dans la lutte contre ces deux problèmes. L’objectif était de recueillir des points de vue directs, issus de la ligne de front, susceptibles d’éclairer la refonte de la Stratégie nationale du logement par le gouvernement fédéral.

L’atelier a été conçu comme une interaction participative plutôt qu’une présentation traditionnelle. Chacune des deux séances thématiques a débuté par des allocutions de leaders du secteur : Mark MacAulay, président et chef de la direction d’Ottawa Salus Corporation ; Maya Kambeitz, chef de la direction de la Trinity Place Foundation of Alberta ; et Victor Willis, responsable du Toronto Supportive Housing Network, qui ont partagé des perspectives pratiques et des exemples tirés de leur travail dans le domaine du logement avec services de soutien afin d’orienter les discussions. Leurs points de vue ont permis d’ancrer les conversations dans les réalités auxquelles font face les fournisseurs de services et ont mis en lumière des possibilités d’innovation, de collaboration et de changement systémique. Sarah Woodgate, fondatrice et directrice de Splice Consulting, a ensuite guidé les participants tout au long du processus de discussion et a aidé à synthétiser les idées qui ont émergé de l’atelier.

Les participants ont pris part à une série de discussions en tour de table, explorant des questions communes sur la prévention de l’itinérance, l’intégration des services, l’expansion du logement avec services de soutien et l’avenir des programmes fédéraux de logement. Cette approche a encouragé les participants à tester des idées, à cerner des thèmes communs et à apprendre de leurs collègues travaillant dans différentes collectivités et différents contextes. Le résultat ? Un riche ensemble de perspectives pratiques reflétant l’expertise des fournisseurs de logement, des organismes de services et des chefs de file du secteur de partout au Canada. Ces discussions constituent la base des thèmes clés mis en évidence ci-dessous.

L’itinérance est un problème qui peut être résolu, et non simplement géré

Un thème récurrent tout au long des deux séries de discussions a été l’appel à changer la façon dont le secteur lui-même encadre la question. Plusieurs participants se sont opposés à l’idée de traiter l’itinérance comme un problème à gérer indéfiniment, faisant valoir qu’au contraire, les politiques et le financement devraient être orientés vers sa résolution effective. C’est ce genre d’objectif ambitieux, mais réalisable, que nous devrions viser en ce moment critique de notre histoire. Cela exigerait un changement significatif vers une réflexion axée sur les systèmes.

L’adaptation des mesures de soutien au niveau de gravité des besoins n’offre pas de solution universelle

J’ai observé les participants passer beaucoup de temps à analyser la relation entre le niveau de gravité des besoins, la densité de la population, l’accessibilité financière et l’intensité du soutien dont une personne a besoin. Il faut comprendre que le niveau de gravité des besoins et les mesures de soutien dont une personne pourrait avoir besoin sont des éléments dynamiques. Une même personne aura souvent besoin de niveaux de soutien différents selon les moments, et le système doit s’adapter à ces besoins. Nous devons construire des logements avec services de soutien en tenant compte de la gravité des besoins des personnes. Les personnes dont les besoins sont très aigus nécessitent souvent des soins sur place 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, tandis que les milieux à différents niveaux de gravité peuvent bien fonctionner avec des niveaux de soutien moins élevés.

Solutions dirigées par les Autochtones et souveraineté des données

Voilà un message fort et cohérent axé sur l’appropriation et le contrôle par les Autochtones, tant du logement hors marché lui-même que des décisions de financement qui le façonnent. Il ne m’a pas surpris. Le Caucus autochtone de l’ACHRU réclame depuis longtemps une approche « pour les Autochtones, par les Autochtones » afin de combler le déficit historique en matière de logement auquel font face les Autochtones, en particulier en milieu urbain, rural et nordique. Les participants ont également souligné l’importance de la souveraineté des Autochtones sur les données, principe selon lequel les communautés autochtones devraient contrôler la collecte et l’utilisation des données concernant leurs propres populations. À mon sens, un meilleur contrôle des données et de leur collecte peut mener à la fois à une plus grande confiance et à une meilleure prise de décision.

La prévention commence avant la perte du logement

Plusieurs discussions ont repoussé le point de départ encore plus loin, en mettant l’accent sur ce qui se passe avant qu’une personne ne se retrouve sans domicile. Un point m’a particulièrement marqué, car il a été soulevé à maintes reprises : si les gens n’ont pas assez d’argent pour payer leur loyer et leurs dépenses de base, il pourrait n’y avoir aucun programme de logement pour combler entièrement la différence. Les participants ont insisté pour que les aides au revenu et les subventions au logement fassent partie intégrante du plan. Ils ne veulent pas qu’on les ajoute plus tard. Les « banques de loyer » ont été présentées comme un outil pratique et sous-utilisé, particulièrement adapté à ce type de situation, permettant de venir en aide aux personnes confrontées à une diminution soudaine de revenu avant que cela ne se traduise par la perte de leur logement.

Mesurer ce qui compte

J’ai remarqué un vif intérêt pour des données de meilleure qualité et partagées. Les participants ont souligné les limites des dénombrements ponctuels, le risque que les estimations actuelles sous-estiment les populations vulnérables, ainsi que la nécessité d’une infrastructure nationale de données plus interconnectée, capable de suivre des résultats, comme la stabilité du logement, l’éducation et l’emploi au fil du temps, et non pas seulement à un moment donné.

Prochaines étapes

Voir ces quatre-vingts personnes passer d’une table à l’autre, affinant mutuellement leurs idées en temps réel, m’a rappelé pourquoi nous menons ce genre d’initiative en premier lieu. Les politiques élaborées sans la participation de ceux et celles qui les mettent en œuvre sur le terrain tiennent rarement la route, et cette séance nous a donné une image véritablement détaillée et honnête de ce qui fonctionne et de ce qui ne fonctionne pas. Je tiens à remercier toutes les personnes qui se sont présentées prêtes à s’impliquer activement plutôt que de se contenter d’écouter. Alors que nous continuons à faire avancer les travaux de l’ACHRU en vue de la mise à jour de la Stratégie nationale du logement, ces discussions vont façonner la manière dont nous présenterons nos arguments au gouvernement, et j’ai hâte de vous faire part de la suite de ce travail.