Construire avec un objectif : Christin Swim et la culture, la collectivité et la création de possibilités
11 Juin 2026
Vena Beckford, Director of Indigenous Housing Policy and Programs
À l’occasion du Mois national de l’histoire autochtone, nous soulignons l’apport de leaders autochtones du secteur du logement dont le travail apporte des changements durables dans les collectivités à travers le pays.
J’ai récemment eu l’occasion de m’entretenir avec Christin Swim, directrice générale de la Skigin-Elnoog Housing Corporation et membre du groupe de travail du Caucus autochtone de l’ACHRU. Pendant près de deux décennies au sein de l’organisation, Christin a contribué à élargir les possibilités de logement pour les familles autochtones tout en défendant des approches ancrées dans la culture, la collectivité et le sentiment d’appartenance.
Notre conversation a porté sur son parcours dans le domaine du logement autochtone, l’importance de solutions ancrées dans la culture et sur la signification, pour Skigin-Elnoog, du Prix de la durabilité culturelle autochtone 2025 de l’ACHRU.
Ce prix récompense les organisations de logement autochtones qui intègrent avec succès dans leur travail, la culture, les valeurs de la collectivité et les traditions.
Christin, merci de vous joindre à nous. Vous travaillez pour la Skigin-Elnoog Housing Corporation depuis de nombreuses années. Avec le recul, qu’est-ce qui vous a d’abord attirée vers ce métier, et vous a permis de rester passionnée depuis lors ?
Woliwon kemec, merci beaucoup de m’accueillir, Vena. Ma carrière a débuté à la Skigin-Elnoog Housing Corporation lorsque des postes ont été créés dans le cadre du Fonds fiduciaire 2006 pour le logement des Autochtones hors réserve. L’une de ces initiatives était un programme novateur d’accession à la propriété conçu pour aider les Autochtones à devenir propriétaires. Grâce à ce programme, nous avons aidé 79 personnes à devenir propriétaires pour la première fois, ce qui n’est pas toujours accessible aux familles autochtones en raison d’obstacles historiques et systémiques. Le programme a ensuite reçu le prix des meilleures pratiques de la SCHL en 2010.
Mais ce qui m’a vraiment marquée, ce sont les familles elles-mêmes. Voir comment un logement pouvait changer l’avenir d’une personne m’est apparu incroyablement fort. J’ai compris alors que le logement ne se résumait pas à des bâtiments, mais qu’il s’agit de possibilités, de stabilité et d’espoir. J’ai gardé cette leçon à l’esprit tout au long de ma carrière.
Vous avez débuté votre carrière chez Skigin-Elnoog en 2008 et avez évolué aux côtés de cette organisation. Comment votre vision du logement et du leadership s’est-elle transformée durant ce parcours ?
Les besoins en matière de logement ne cessent d’évoluer, tout comme les collectivités que nous servons. Au fil du temps, j’ai compris que, pour réussir dans le domaine du logement, il faut commencer par comprendre les gens et respecter la diversité de leurs parcours de vie. Toutes les personnes ont besoin d’un logement, quelles que soient leurs origines ou leur situation.
Au fur et à mesure que j’ai grandi au côté de Skigin-Elnoog, j’ai eu la possibilité de travailler avec des membres de la collectivité, des professionnels du logement, des partenaires gouvernementaux et des leaders autochtones de partout au pays. Chaque rencontre vous apprend quelque chose sur les gens.
Mon style de leadership a évolué : alors qu’auparavant, je me concentrais principalement sur les résultats des programmes, je privilégie désormais les relations de collaboration. J’ai constaté que les solutions les plus efficaces naissent de la volonté de comprendre des expériences diverses et d’instaurer la confiance de manière organique. Un bon leadership ne consiste pas à avoir toutes les réponses, mais à donner aux gens les moyens de les trouver. Lorsque les gens se sentent écoutés et respectés, on peut bâtir des équipes plus solides, des partenariats plus solides et, en fin de compte, des collectivités plus solides.
Tout au long de votre carrière, vous avez travaillé en étroite collaboration avec des familles et des collectivités autochtones de tout le Nouveau-Brunswick. Qu’est-ce que ces expériences vous ont appris sur le rôle que joue le logement dans la vie des gens ?
À mon avis, le logement est l’un des piliers les plus importants de la vie d’une personne. Lorsqu’une personne a accès à un logement sécuritaire, abordable et stable, tout le reste devient plus accessible. Au fil des ans, nous avons vu des personnes et des familles reprendre confiance en elles, améliorer leur santé, poursuivre leurs études, trouver un emploi et renouer avec leur collectivité une fois leurs besoins en matière de logement satisfaits. Le logement apporte de la stabilité, mais il apporte aussi de la dignité. Pour les familles autochtones, le logement peut être un moyen de renouer avec la collectivité, leur culture et leurs liens sociaux. Lorsque les gens ont un endroit stable qu’ils peuvent appeler leur chez-soi, ils sont mieux placés pour se concentrer sur leur famille, leurs traditions, leur santé et leur avenir.
En 2025, Skigin-Elnoog a reçu le Prix de la durabilité culturelle autochtone de l’ACHRU. Racontez-moi comment vous avez accueilli cette nouvelle. Que représentait cette reconnaissance envers votre organisation ?
Notre organisation a été vraiment honorée de recevoir le Prix de la durabilité culturelle autochtone. Les prix ne concernent jamais une seule personne. Ils reflètent les efforts collectifs de notre personnel, des membres du conseil d’administration, des aînés, des partenaires de la collectivité et des nombreuses personnes qui ont soutenu notre vision au fil des ans. Recevoir cette reconnaissance de la part de l’ACHRU a été particulièrement significatif, car elle a mis en lumière, non seulement les logements que nous construisons, mais aussi les valeurs qui guident notre travail. Cela a renforcé la conviction que nous avons toujours eue : le logement se porte mieux lorsqu’il est ancré dans la culture, la collectivité et les personnes qu’il sert. C’était merveilleux que nos partenaires communautaires se joignent à nous à Saskatoon pour célébrer ce prix. Leur soutien a été déterminant pour nous aider à atteindre nos objectifs, et je crois que ce prix leur revient autant qu’à nous.
L’un des projets mis en avant dans le cadre de cette distinction était Mahsus Lane, un ensemble immobilier destiné aux aînés autochtones et aux personnes en situation de handicap. Qu’est-ce que cela a signifié pour vous de voir cette vision se concrétiser ?
En 2015, notre conseil d’administration a élaboré un plan stratégique intitulé NIHKANAPOLTIPON (« Nous regardons vers l’avenir »). L’une des priorités identifiées était le besoin de logements pour les aînés. Après avoir acquis le terrain en 2021, nous avons commencé à concrétiser cette vision. Chaque décision a été prise en tenant compte des besoins à long terme des aînés et des personnes en situation de handicap, en garantissant l’accessibilité, la sécurité et la dignité. Accueillir 21 résidents à Mahsus Lane en 2024 et 2025 a été incroyablement gratifiant. L’un des moments les plus marquants a été de voir les aînés emménager dans un espace spécialement conçu pour eux. L’impact s’est étendu bien au-delà de ces 21 logements. Nous avons pu faire sortir cinq aînés de grandes maisons familiales, créant ainsi des possibilités pour les familles inscrites sur notre liste d’attente. Nous avons également aidé six personnes à sortir de l’itinérance. Voir ces répercussions sur la collectivité nous a rappelé qu’un seul projet de logement peut avoir un impact positif sur de nombreuses vies.
Vous avez également été un membre actif du groupe de travail du Caucus autochtone de l’ACHRU. Comment avez-vous vécu cette expérience, et quelle valeur accordez-vous au regroupement des responsables du logement autochtone de tout le pays?
Grâce au Caucus autochtone, j’ai eu la possibilité de rencontrer et de travailler aux côtés de professionnels incroyables. Les relations que j’y ai nouées ont été inestimables. J’ai pris connaissance d’approches innovantes en matière de développement du logement, de stratégies de financement et d’engagement communautaire auprès d’organisations de tout le pays. L’une des choses que j’apprécie le plus est de pouvoir apprendre de personnes travaillant dans des régions très différentes. Même si nos collectivités sont confrontées à des situations diverses, bon nombre de nos défis sont communs. Aucune organisation ne détient toutes les réponses. Le fait de pouvoir apprendre des réussites et des défis de chacun nous aide tous à mieux servir nos collectivités. J’encourage toute personne travaillant dans le domaine du logement autochtone à s’impliquer au sein du Caucus autochtone.
Le secteur du logement autochtone a considérablement évolué au cours de la dernière décennie. Quelles avancées vous ont le plus encouragée, et où voyez-vous encore des possibilités de croissance ?
J’ai été très encouragée par des initiatives, telle que celle pour la création rapide de logements, car elles ont démontré ce qu’il est possible de réaliser lorsque les fonds sont débloqués rapidement et que les collectivités ont les moyens d’agir. Ce qui m’encourage le plus, c’est de voir davantage d’organisations autochtones prendre en main les solutions de logement pour leurs propres collectivités. On constate une prise de conscience croissante selon laquelle les Autochtones sont les mieux placés pour cerner leurs besoins et concevoir des programmes efficaces. En même temps, je ne pense pas que nous construisions assez vite. La crise du logement continue de s’aggraver, et les collectivités en subissent quotidiennement les conséquences. Nous avons besoin d’investissements plus soutenus, de moins d’obstacles administratifs et d’une plus grande confiance envers les fournisseurs de logements autochtones issus des communautés et qui proposent des solutions.
Une chose qui ressort lorsque les gens parlent de votre travail, c’est un fort sentiment d’appartenance à la collectivité. Que signifie le succès pour vous, non seulement en tant que fournisseur de logements, mais aussi en tant que personne au service des collectivités autochtones ?
Le succès ne se mesure pas toujours au nombre de logements construits ou aux sommes investies. Parfois, il se trouve dans les petites victoires. Je me soucie profondément des personnes pour lesquelles et avec lesquelles je travaille. Ce sont mes frères, mes sœurs, mes voisins et les membres de ma collectivité. Je suis à la fois touchée et honorée de faire partie de leur parcours. Je travaille avec une mère célibataire qui a dû faire face à de nombreuses difficultés avec très peu de soutien. Elle est récemment venue à notre bureau et m’a dit qu’elle avait obtenu son permis d’apprenti conducteur et acheté sa première voiture, ce dont elle avait toujours rêvé. La voir partir au volant, en sachant qu’un logement stable avait joué un rôle, même minime, dans la réalisation de cet objectif, m’a rappelé à quoi ressemble vraiment le succès.
À l’intention des femmes autochtones et des leaders émergentes qui envisagent une carrière dans le logement, le développement communautaire ou la défense des droits, quels conseils leur donneriez-vous ?
Ce travail n’est pas facile, mais il est incroyablement gratifiant si vous le faites bien et pour les bonnes raisons. Vous rencontrerez des défis, mais il y a toujours quelqu’un dans le secteur du logement qui a déjà été confronté à une situation similaire. Trouvez ces personnes. Posez des questions. Apprenez d’elles. Trouvez des mentors et tissez des liens. Soyez un modèle fort et positif, et soyez présente pour vos clients de la manière dont la version plus jeune de vous-même aurait pu en avoir besoin. Le secteur du logement a besoin de leaders passionnés qui se soucient profondément de leurs collectivités.
Enfin, quand vous pensez à l’avenir, quel héritage espérez-vous que Skigin-Elnoog laissera à la prochaine génération de leaders autochtones du logement et aux collectivités ?
La Skigin-Elnoog Housing Corporation est au service des collectivités autochtones depuis plus de 53 ans, et cet héritage est une source de fierté immense pour nous. J’espère que les générations futures hériteront d’une organisation encore plus forte que celle que nous avons aujourd’hui, une organisation qui continue à construire des logements, à renforcer les collectivités et à créer des possibilités pour les familles autochtones. Mais surtout, j’espère que les jeunes qui grandissent aujourd’hui se reconnaîtront dans ce travail et se sentiront inspirés à le poursuivre. Si, avec le recul, les gens disent que Skigin-Elnoog a contribué à renforcer les collectivités, a soutenu les familles au moment où elles en avaient le plus besoin et a créé des possibilités pour la prochaine génération, je considérerai cela comme une réussite. Le logement, c’est avant tout pour les personnes, et j’espère que c’est ce que reflète notre héritage.
Alors que nous célébrons le Mois national de l’histoire autochtone, des histoires comme celle de Christin nous rappellent que le logement autochtone ne se résume pas à une question d’infrastructures. Il s’agit des personnes, du sentiment d’appartenance et de la construction de communautés solides pour les générations futures.
Grâce à son travail au sein de la Skigin-Elnoog Housing Corporation et aux côtés d’autres dirigeants du Caucus autochtone de l’ACHRU, Christin continue de démontrer ce que le logement communautaire peut accomplir lorsqu’il est ancré dans la culture, les relations humaines et un engagement envers les générations futures.
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