
Au-delà du logement : Robert Byers parle du leadership autochtone, du Caucus et de l’avenir de l’approche « pour les Autochtones, par les Autochtones » (FIBI)
10 Sep 2026
Vena Beckford, Director of Indigenous Housing Policy and Programs
Dans le cadre de notre série consacrée aux leaders autochtones du secteur du logement à travers le pays, j’ai récemment eu la possibilité de m’entretenir avec Robert Byers, président et directeur général de Namerind Housing Corporation et membre de longue date du groupe de travail du Caucus autochtone de l’ACHRU.
Robert a consacré des décennies à élargir les horizons du logement dirigé par les Autochtones, qu’il s’agisse de repenser l’approche de Namerind en matière de logement abordable et de développement économique ou de contribuer à faire du Caucus autochtone la voix nationale qu’il est aujourd’hui. En tant que l’un des leaders impliqués dans le Caucus depuis ses tout débuts, Robert apporte un point de vue unique sur le chemin parcouru par le secteur et sur ce qu’il reste à accomplir.
Notre conversation a porté sur son parcours au sein de Namerind, les débuts et l’évolution du Caucus autochtone de l’ACHRU, l’importance de l’approche « pour les Autochtones, par les Autochtones », et les raisons pour lesquelles « les relations humaines » demeurent au cœur tant du logement que du leadership.
Robert, merci d’avoir pris le temps de discuter avec nous. Vous avez passé une grande partie de votre carrière chez Namerind. Qu’est-ce qui vous a initialement amené à vous intéresser au logement autochtone, et qu’est-ce qui vous a poussé à rester engagé dans ce travail au fil des ans ?
Ce qui m’a amené à m’y intéresser, ce n’était pas seulement une possibilité d’emploi, mais la possibilité de travailler avec les Autochtones, pour les Autochtones.
Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi nous devions toujours nous tourner vers le gouvernement pour obtenir une aide financière afin de pouvoir agir. J’ai grandi en dépendant des subventions gouvernementales, et je savais que ce n’était pas une façon de vivre. Lorsque les subventions de Namerind ont commencé à prendre fin, j’y ai vu une occasion de changer notre façon de mener nos activités en tant qu’Autochtones.
Nous avions toujours besoin de logements abordables, alors nous avons commencé à repenser notre façon d’investir. Nous savions que nous ne pouvions pas continuer à compter uniquement sur des maisons unifamiliales dispersées dans toute la ville. Certaines de nos maisons étaient également irrécupérables, et plutôt que de continuer à investir dans des propriétés où cela n’avait pas de sens, nous avons réorienté ce capital.
Sous votre direction, Namerind a dépassé son rôle initial de fournisseur de logements pour intégrer également le développement économique et l’entrepreneuriat social. Qu’est-ce qui vous a amené à repenser ce que pouvait être un organisme autochtone de logement ?
Nous savions que si nous voulions survivre et prospérer, nous devions investir dans d’autres domaines que le logement. À une certaine époque, nous recevions plus de 2 millions de dollars par année en subventions, et nous savions que nous devions trouver un moyen de remplacer ces fonds.
Nous avons pris contact avec des entrepreneurs et les avons encouragés à créer leur propre entreprise. Nous leur avons assuré suffisamment de travail pour leur permettre de perdurer pendant dix ans, en partant du principe qu’à ce moment-là, ils seraient bien établis et pourraient choisir de continuer à travailler avec nous, de travailler avec d’autres, ou les deux.
Nous avons également investi dans un entrepôt et un centre d’achats, où notre locataire phare était une clinique communautaire dotée de médecins et d’infirmières praticiennes. Lorsque nous avons constaté qu’il y avait une importante clientèle de patients, mais aucune pharmacie, nous avons pris des mesures pour ouvrir la nôtre.
Au début, ça a été difficile à faire accepter. Les gens se demandaient quel était le rapport entre un fournisseur de logement abordable dirigé par des Autochtones et une pharmacie. Une fois qu’ils ont compris la vision d’ensemble, ils sont devenus de fervents partisans.
Vous avez souvent dit que le logement ne se résume pas à offrir un toit à quelqu’un. Après toutes ces années, qu’est-ce que les gens et les collectivités avec lesquelles vous avez travaillé vous ont appris sur ce que le logement peut rendre possible ?
Lorsque nous avons commencé à rénover nos maisons, il était important d’améliorer la qualité des matériaux utilisés. Nous voulions que les gens aient des maisons dont ils puissent être fiers.
Nous avons même organisé des concours d’aménagement de cour pour encourager les locataires à prendre soin de leur maison. Nous voulions briser le cycle où les enfants disaient : « Allons chez toi après l’école. » Nous voulions que les enfants vivant dans nos maisons puissent dire : « Allons chez MOI. »
Nous voulions que toutes les personnes de la famille, parents et enfants, soient fières de l’endroit où elles vivaient. Avant, on voyait souvent des propriétés gravement endommagées, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. À l’heure actuelle, notre taux d’inoccupation n’est que de 3 %, le plus bas jamais enregistré à Namerind.
C’est un processus continu, mais ça fonctionne. Les gens ont besoin de savoir qu’on se soucie d’eux.
Vous avez participé au Caucus autochtone de l’ACHRU presque depuis le début, notamment en aidant à organiser la première réunion du Caucus et en en assumant plus tard la présidence. Revenons à ces débuts. Quels étaient les objectifs du Caucus, et qu’espériez-vous qu’il devienne ?
L’ancien président de l’ACHRU, Phil Brown, et moi nous sommes rencontrés lors d’une conférence mondiale sur le logement autochtone à Vancouver, et nous avons discuté de la création d’un Caucus autochtone. L’année suivante, Phil a organisé un dîner pour voir si les gens seraient intéressés. Il avait commandé un dîner pour 40 personnes, et entre 80 et 100 se sont présentées.
Nous avons alors compris que c’était important.
En raison de mon implication dans la mise sur pied du Caucus, on m’a ensuite demandé de me porter candidat au conseil d’administration de l’ACHRU et de présider le groupe de travail du Caucus autochtone. Après ma première réunion du Caucus, cependant, je me souviens m’être dit : « Qui suis-je pour être l’expert en matière d’Autochtones auprès des Autochtones de tout le Canada ? »
J’ai donc contacté des fournisseurs de logements autochtones dont je respectais le travail et dont je savais qu’ils souhaitaient faire progresser le secteur. C’est ainsi que nous avons mis sur pied le groupe de travail du Caucus.
Vous avez maintenant vu le Caucus évoluer pendant plus d’une décennie. Quand vous comparez ses débuts à sa situation actuelle, quels changements ou réalisations vous marquent le plus ?
Nous avons évolué au point d’avoir désormais une représentation régionale et provinciale. Nous avons rédigé le document intitulé « Pour les Autochtones, par les Autochtones », et aujourd’hui, le gouvernement fédéral a adopté ce langage.
C’est de ce travail de défense des droits qu’est né le NICHI. Le groupe de travail du Caucus a fait pression en ce sens, et ce sont les membres du Caucus qui ont continué à militer en faveur d’une approche distincte dirigée par les Autochtones.
L’un des développements majeurs au cours de cette évolution a été la promotion d’une approche « Pour les Autochtones, par les Autochtones » en matière de logement en milieu urbain, rural et nordique. Que représentait pour vous ce travail de défense des droits, et que signifie concrètement un logement adapté à la culture autochtone ?
Nous avons évolué jusqu’à un point où notre voix est davantage respectée, et je pense que les 94 appels à l’action de la Commission de vérité et de réconciliation ont contribué à ce changement.
Chez Namerind, que ce soit pour élaborer des stratégies en matière de logement abordable, d’itinérance ou de nos entreprises, nous pensons à la réconciliation et à notre place au sein de la collectivité.
Quand nous parlons d’un logement « adapté à la culture », qu’est-ce que cela signifie réellement ? Pour moi, cela signifie « pour les Autochtones, par les Autochtones ». Lorsqu’une personne autochtone vient à notre bureau et nous raconte son histoire, nous pouvons nous identifier à elle et la comprendre. Elle n’est pas jugée. La plupart d’entre nous ont des proches qui ont vécu une expérience similaire.
Cette compréhension est essentielle.
Même après votre mandat de président, vous êtes demeurée un membre actif du groupe de travail du Caucus autochtone. Qu’est-ce qui vous motive à continuer de vous impliquer, et, selon vous, qu’est-ce qui est important que la prochaine génération de dirigeants du Caucus perpétue ?
Nous avons encore tant à accomplir. Il ne s’agit pas d’être inclus, mais de faire partie intégrante du processus.
Aujourd’hui, nous pouvons participer à une réunion avec un ministre fédéral du Logement ou un secrétaire d’État et prendre part aux discussions lorsque le gouvernement élabore des stratégies en matière de logement ou d’itinérance. Nous faisons désormais partie de ces discussions. Ce n’était pas le cas auparavant.
Namerind a également endossé un rôle plus large dans la lutte contre l’itinérance à Regina. En quoi le fait de travailler à la fois dans les domaines du logement et de l’itinérance a-t-il façonné votre vision des relations et de la collectivité ?
Lorsque nous sommes devenus l’« entité communautaire », nous avions l’impression que les gens n’étaient pas nécessairement là pour nous soutenir. On aurait dit qu’ils attendaient que nous commettions une erreur. En tant qu’Autochtones, nous y sommes habitués. Nous savions que ce serait difficile, mais nous étions prêts à relever ce défi.
Nous savions également que la communication et les relations étaient importantes, et que nous avions un rôle à jouer pour sensibiliser l’ensemble de la collectivité à la vérité et à la réconciliation. Nous avons invité l’un des commissaires de la Commission de la vérité et de la réconciliation à s’adresser à un groupe d’entrepreneurs. Nous avons également invité un chef d’une collectivité où des centaines de tombes non identifiées avaient été repérées, afin que les gens puissent mieux comprendre pourquoi ces discussions sont importantes.
Notre rassemblement annuel d’engagement pour la collectivité a débuté avec une soixantaine de participants. Cette année, il a affiché complet trois mois à l’avance, avec 350 participants, dont des personnes venues de partout au Canada.
Nous continuons de parler des 94 appels à l’action et de réunir des aînés, des travailleurs sociaux et d’autres personnes ayant des témoignages importants à partager. Certains de ces témoignages sont poignants, mais c’est parfois nécessaire.
Vous faites ce travail depuis suffisamment longtemps pour voir de nouvelles générations de professionnels autochtones du logement faire leur entrée dans le secteur. Qu’avez-vous appris sur le leadership que vous auriez aimé que quelqu’un vous dise plus tôt dans votre carrière ?
Je me suis impliqué dans des domaines autres que le logement, et j’ai posé beaucoup de questions parce que je savais qu’un jour, quelqu’un me les poserait. Les jeunes de notre bureau ont observé cela, et nous comprenons tous l’importance des relations et des liens.
Quand on parle de l’itinérance et de notre dénombrement ponctuel, par exemple, c’est bien plus qu’un simple événement. Je n’aime même pas l’appeler ainsi. Cela nous donne la possibilité d’établir un lien avec une personne en situation d’itinérance, et cela pourrait être le jour où nous contribuerons à changer le cours de sa vie.
Les jeunes qui se lancent dans ce domaine doivent comprendre que nouer ces relations n’est ni rapide ni facile, mais que cela fonctionne.
Enfin, après tout ce que vous avez contribué à bâtir par l’entremise de Namerind et du Caucus autochtone, qu’espérez-vous encore voir se réaliser dans le domaine du logement autochtone qui vous donnerait le sentiment que nous avons véritablement fait bouger les choses ?
J’aimerais que le NICHI n’ait plus à demander sans cesse davantage de fonds. Je souhaite le voir devenir une composante permanente du plan du gouvernement fédéral pour le logement autochtone partout au Canada, avec un financement stable, car les besoins n’ont pas disparu.
Pour moi, c’est ainsi qu’on fait bouger les choses.
Encore une fois, l’approche « par les Autochtones, pour les Autochtones » fonctionne.
Comme le montrent clairement les réflexions de Robert, le développement du logement autochtone au Canada a été façonné non seulement par de nouveaux programmes et investissements, mais aussi par des leaders et des organisations autochtones qui ont fait pression pour changer la façon dont les décisions sont prises.
De l’approche de Namerind en matière de logement et de développement économique à l’essor du Caucus autochtone de l’ACHRU et à la promotion de solutions « pour les Autochtones, par les Autochtones », la carrière de Robert illustre l’importance de bâtir des organisations solides, des relations solides et de renforcer la voix des Autochtones dans le domaine du logement.
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